Une histoire et des hommes

L’édification de la cathédrale de Chartres et la pierre de Berchères

Entre 1145 et 1160 furent élevés la tour nord de deux étages et le clocher sud avec son extraordinaire flèche en pierre qui culmine à 105 m. Une telle réalisation qui a résisté jusqu’à aujourd’hui ne peut s’imaginer sans un matériau résistant aux fantastiques pressions verticales : la pierre de Berchères.

Le côté sud de la cathédrale de Chartres

Après l’incendie de 1194 il ne restait que la crypte, les tours et le portail royal (milieu du XIIe siècle). 

Grâce à un élan de piété extraordinaire du clergé, du peuple, des princes et des rois chrétiens, suite à la découverte du voile de la vierge que l’on avait perdu, la nouvelle basilique gothique classique a été élevée par des architectes particulièrement inspirés et dans un délai record pour le gros œuvre.
L’édifice était voûté dès 1220 soit 26 ans après le début du chantier.
La cathédrale actuelle a été terminée et consacrée en 1260.

Le portail épiscopal de Berchères-les-Pierres

Elle comporte des voûtes d’ogives jusqu’à 37 m de haut et la nef centrale la plus large de France (16,4 m d’axe en axe), grâce essentiellement à l’emploi des arcs boutants en pierre pour résister aux pressions. Ces techniques ont fait école dans toute l’Europe médiévale. 

Bien sûr, d’autres églises, monuments publics, escaliers, ponts, trottoirs… du centre historique de Chartres sont en grande partie en pierre de Berchères.
Dans le village actuel de Berchères les Pierres s’offrent aux regards des promeneurs de belles réalisations allant du XIIe au XIXe siècle : l’église et le clocher, porte de ferme en arc brisé et autres demeures bourgeoises.

Des techniques et des hommes

Les pierres de Berchères sont utilisées depuis plus de 1000 ans.

Comme l’explique Étienne Houvet, historien passionné de notre cathédrale, ces carrières « ont fourni et continuent à fournir, cet admirable calcaire dur (…) un des plus beaux matériaux qui soit, tant par sa tonalité que par sa résistance ».

La technique d’exploitation des carriers est la suivante : Il faut d’abord mettre à jour le banc en retirant le limon, les petites pierres appelées « chacre » utilisées pour le blocage des cours et des chemins et les moellons utilisés pour le mur des habitations locales. Cette découverte, d’une hauteur de plus de 4 m, était stockée en monticules derrière le front de taille tout en laissant des chemins et des espaces pour permettre l’utilisation des fardiers qui emmenaient les pierres vers le chantier.

Une fois le banc découvert, les carriers devaient creuser sous ce banc pour que les blocs de plusieurs dizaines de tonnes puissent se détacher. Pendant ce temps, des trous verticaux étaient percés à l’aide de coins métalliques sur le pourtour du bloc à extraire. Les travailleurs enfonçaient les coins à la masse dans le bloc jusqu’à ce qu’il se détache du banc. Ce bloc était ensuite « épannelé » (grossièrement mis à la côte) selon la commande du maître d’ouvrage.

Les pierres étaient chargées sur un fardier tiré par des bœufs ou des chevaux de trait qui prenaient le « chemin des carriers » (10 km environ) pour rejoindre le parvis de la cathédrale essentiellement par les trois ponts et le quartier Saint Brice. Les pierres pouvaient aussi être chargées à Morancez sur des bateaux pour les acheminer dans le centre de Chartres via l’Eure. Selon certaines sources, pour faire pénitence, certains croyants amenaient des pierres à Notre Dame en charrette à bras ou même sur leur dos !

Les carriers habitaient essentiellement Berchères les Pierres (appelé Berchères l’évêque jusqu’à la révolution de 1798). Ce métier, très dur physiquement, a fait des victimes entre autre par écrasement. En 1886, il y avait encore 27 carriers à Berchères (6 dans les années 1950 et 1 en 1980).

Schéma du principe médiéval d’extraction

Les réalisations du présent

La carrière fut abandonnée en 1914 et ce n’est qu’en 1946 qu’elle fut à nouveau ouverte par Monsieur André Martin, marbrier à Chartres, compagnon du devoir du tour de France, qui l’exploitera jusqu’en 1980.
Pendant cette période, André Martin a remis à l’honneur la pierre de Berchères et l’a fait adopter par de nombreux constructeurs.

L’innovation principale de Monsieur Martin fut de scier la pierre en dalles de 3 à 5 cm d’épaisseur et de la polir. Ce « glaçage » permet de donner à cette pierre l’appellation de « marbre de Beauce ».

Le marbrier a ainsi réalisé le revêtement extérieur de l’hôtel de ville de Chartres et de l’ancienne bibliothèque (900 m² de placage) et d’autres constructions et maisons du centre ville.

Monsieur Martin a également réalisé plus de 30 autels en pierre de Berchères dans des lieux de culte dans la France entière. Un bel exemple en est l’église de Rechèvres, place de l’Abbé Stock, ainsi que celle de Dangeau, dont le plateau a été taillé dans un bloc de 10 tonnes.